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Quel est l’intérêt d’un travail non japonais sur le Japon ? Quel est l’apport de Ruth Benedict ou John Embree à la connaissance que nous avons de sa culture ? L’ethnologie non japonaise du Japon ne se réduirait-elle pas à la seule introduction, dans une langue compréhensible par un Occidental, du B.A. BA de l’ethnologie japonaise ? Introduction que l’on pourrait d’ailleurs craindre simpliste, dépassée et largement erronée, étant donnée la vitalité des études indigènes et l’impossibilité pour l’Occidental rentré au foyer de se tenir au courant des dernières progressions de la recherche au Japon.

« Les études étrangères nous sont précieuses car elles nous montrent un aspect du Japon que nous n’avions pas forcément noté jusqu’alors. Elles sont très stimulantes dans leur approche. Il est absolument nécessaire que nos étudiants en lisent ». Telle est en général la réponse que font nos interlocuteurs japonais à notre interrogation inquiète. Politesse nippone ? Une conversation surprise entre un puissant éditeur japonais et un historien français me confirmerait dans ce doute. Caressant le projet de créer une revue, Kan, qui serait au Japon l’équivalent des Annales, l’autoritaire directeur des éditions Fujiwara multipliait les contacts avec les chercheurs français de cette école. Expliquant à l’historien Alain Corbin le genre de textes qu’il désirait traduire du français en regard de contributions de spécialistes japonais, et réagissant à la proposition que lui faisait le « patron » des études folkloriques japonaises, Miyata Noboru, il n’hésita pas un instant : « Ah non ! Surtout pas des japonologues ! ». Comprenez : leurs travaux ne disent rien que nous ne connaissions déjà, et leurs systèmes théoriques ne sont pas attrayants le moins du monde.

Ignorants de leur terrain et dépassés dans leur discipline ? Que nos aînés nous pardonnent ! L’opinion n’est-elle pas partagée par un certain nombre d’administrateurs et de scientifiques, qui cherchent à privilégier l’étude de thèmes « transversaux » aux dépens de travaux « limités » à une aire culturelle ?

Où donc pourrait bien résider l’originalité du travail des japonologues occidentaux ? Et plus généralement : quelle est donc la validité d’une ethnologie appliquée à des sociétés qui produisent, sans nous, un discours de type scientifique sur elles-mêmes ? Peu de japonologues, par ailleurs, ont impressionné les théories ethnologiques. Peu de sinologues, si l’on excepte l’incontournable Granet. Un peu plus d’indianistes il est vrai. On ne saurait en tout cas que trop conseiller à qui voudrait révolutionner l’ethnologie de préférer l’Amazonie, l’Afrique ou la Mélanésie. L’ethnologie des sociétés à écriture non occidentales serait-elle condamnée à une double indifférence : celle de ses indigènes et celle de sa propre discipline ?

J’aimerais pour ma part dégager deux caractéristiques qui pourraient distinguer notre travail de celui des ethnologues japonais. La première se rapporte au choix du thème, à la question que nous posons à la culture japonaise, toujours en décalage avec la réalité telle que la perçoivent les scientifiques japonais. La seconde caractéristique a à voir avec le corpus, la délimitation du cadre d’étude. Ce pan de la réflexion permet également de présenter plus concrètement le rapport de la japonologie exotique à la japonologie indigène, et la réelle dette que contracte tout japonisant à l’endroit de cette dernière.


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